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Le Mont Ijen est un immense cratère fumant dominé par un lac acide turquoise, mais c’est aussi et surtout le théâtre du travail éprouvant de centaines de porteurs de soufre qui y descendent chaque nuit puis chaque matin. Au cœur de ce paysage presque irréel, se joue l’un des métiers les plus durs du monde, dans des conditions qui semblent figées dans le temps.
L'exploitation du soufre à Kawah Ijen, sur l'île de Java en Indonésie, remonte officiellement à 1968, date d'ouverture de la mine moderne, même si l’extraction y est plus ancienne. Depuis, la méthode a très peu évolué : le processus demeure entièrement manuel, sans escalator, sans grue ni mécanisme automatisé.

Des tuyaux en céramique sont installés sur les fumerolles volcaniques pour canaliser les vapeurs sulfureuses qui s'échappent du cratère à des températures dépassant 360°C. Au contact de l'air, ces gaz se condensent puis se solidifient en blocs de soufre jaune vif que les mineurs brisent à l'aide de barres métalliques avant de les charger dans des paniers d’osier.

Des mines similaires existaient autrefois au Chili, en Nouvelle‑Zélande et en Italie, mais toutes ont fermé au début du XXe siècle, remplacées par des procédés industriels automatisés. Kawah Ijen fait aujourd’hui figure d’exception : c’est l’un des derniers sites au monde où le soufre est encore extrait à la main, par quelque 300 à 400 mineurs et porteurs. Le soufre extrait alimente l'industrie sucrière locale (pour le blanchiment), la production d'engrais, ainsi que certaines industries cosmétique, pharmaceutique et chimique.

Les porteurs de soufre travaillent par cycles de 15 jours : 15 jours de labeur, 15 jours de repos, lorsqu’ils sont employés comme « mineurs » au fond du cratère.

Chaque journée commence avant l'aube : ils montent jusqu’au bord du cratère, puis descendent par un sentier rocheux et escarpé jusqu'à la zone d’extraction.

Ils s’engouffrent alors dans des nuages de vapeurs toxiques chargées de dioxyde de soufre et de sulfure d'hydrogène, remplissent deux paniers d'osier reliés par une barre de bambou qu'ils portent sur les épaules. Chaque chargement pèse en moyenne entre 70 et 80 kilos, parfois davantage, certains hommes portant jusqu’à 90 kilos ou plus.

La remontée depuis le fond du cratère jusqu'au sommet, puis la descente de 3 à 4 kilomètres jusqu'au camp de base de Paltuding, constitue un effort physique colossal que les porteurs répètent une à deux fois par jour. Beaucoup effectuent ce trajet en tongs ou en sandales rudimentaires, sur un terrain instable et caillouteux, exposés aux pierres tranchantes et aux brûlures de soufre.

Les masques à gaz fournis sont rarement utilisés : ils entravent la respiration lors de l'effort intense. À la place, les mineurs enfoncent parfois des chiffons humides dans leur bouche, protection dérisoire contre les gaz qui brûlent les yeux, la gorge et les poumons, et dissolvent progressivement l'émail des dents. L'espérance de vie des mineurs exposés au soufre sur de longues périodes est dramatiquement réduite : une étude évoque une espérance moyenne autour de 35 ans pour ceux qui travaillent durablement dans ces conditions. En quatre décennies, plus de 70 mineurs seraient morts à Ijen lors d’émissions soudaines de gaz toxiques au fond du cratère.

Pour ces 15 jours de labeur dans le cratère, un mineur reçoit environ 120 dollars, soit environ 1,5 fois le salaire mensuel moyen de la région de Java Est, tandis que les porteurs payés au kilo gagnent en moyenne 10 à 15 dollars par jour.

C'est à la fois dérisoire au regard des risques encourus et suffisamment attractif dans une région où les alternatives économiques sont limitées, raison pour laquelle beaucoup acceptent ce travail pour financer les études de leurs enfants. La plupart des mineurs rêvent d'un autre avenir pour leurs enfants et les poussent à poursuivre leur scolarité pour échapper à cette destinée.

Au-delà de la mine, le Mont Ijen est un site naturel spectaculaire qui mérite pleinement le détour. Le volcan fait partie de l’Ijen UNESCO Global Geopark, reconnu en 2023 pour son patrimoine géologique unique, ses paysages volcaniques et le fameux phénomène de « blue fire ».

La plupart des voyageurs partent de Banyuwangi ou Bondowoso pour rejoindre en voiture le camp de base de Paltuding, à environ 1 850 mètres d’altitude. Le départ de la randonnée se fait souvent vers 1h ou 2h du matin, afin d’atteindre le bord du cratère avant le lever du soleil.
Le sentier grimpe sur environ 3 kilomètres avec un dénivelé d’environ 500 mètres. La première partie est assez raide, mais le chemin est large et bien tracé ; comptez 1h30 à 2h pour rejoindre le sommet à un rythme tranquille. En chemin, vous croiserez parfois les silhouettes des porteurs redescendant leurs charges à la lumière de leurs lampes frontales, moment fort qui rappelle la réalité du lieu derrière le décor touristique.
Une fois au bord du cratère, une piste plus étroite descend vers la zone de la mine, plus technique, glissante et exposée aux gaz. Cet itinéraire n’est pas indispensable pour profiter du site et ne convient pas à tout le monde : nous ne le recommandons pas. Beaucoup de voyageurs choisissent aujourd’hui de rester en haut, à la fois pour respecter la zone de travail des mineurs et pour préserver leur santé respiratoire.
Au lever du jour, la lumière révèle progressivement le cœur du cratère : un immense lac acide d’un bleu turquoise intense, long d’environ 1 kilomètre et large de 600 à 1 000 mètres, entouré de parois ocres et grises. C’est le plus grand lac acide du monde, avec un pH mesuré entre 0,2 et 0,5, comparable à celui de l’acide de batterie.

Les couleurs du lac changent avec la lumière : bleu laiteux à l’aube, turquoise éclatant lorsque le soleil monte, parfois presque vert émeraude selon les conditions. Les fumerolles blanches qui s’élèvent en permanence des bords du lac ajoutent une atmosphère mystique au panorama.

Depuis le bord du cratère, plusieurs points de vue permettent d’embrasser le lac dans son ensemble, avec les montagnes environnantes en toile de fond. C’est là que le Mont Ijen dévoile sa facette la plus photogénique : lignes graphiques des parois, contraste entre roches sombres et eaux électriques, silhouettes des marcheurs se détachant sur les crêtes.

Le fameux « feu bleu », ces flammes bleutées produites par la combustion des gaz soufrés, existe bien à Ijen, mais il n’apparaît qu’avant l’aube et reste difficile à photographier. Beaucoup de voyageurs choisissent de ne pas descendre jusqu’aux fumerolles pour le voir de près, préférant se concentrer sur le lac au lever du soleil, plus accessible, moins agressif pour les poumons, et déjà largement suffisant pour vivre une expérience marquante.
La rencontre avec les porteurs de soufre fait partie intégrante de la visite du Mont Ijen. Il est essentiel de l’aborder avec respect et tact, en gardant en tête qu’on se trouve avant tout sur un lieu de travail, pas dans un décor de parc d’attractions. Sur le sentier, laissez toujours la priorité aux porteurs, en particulier dans les portions étroites.

Ils avancent avec une charge énorme et ne peuvent pas s’arrêter facilement. Écartez-vous, faites un pas de côté, laissez-les passer. Un simple sourire, un « terima kasih » (merci) ou « semangat » (bon courage) suffit souvent à créer un moment d’humanité.

Beaucoup de mineurs complètent leurs revenus en vendant de petites sculptures de soufre aux touristes. En acheter une est un moyen concret de les soutenir, sans voyeurisme. Demandez toujours la permission avant de les photographier, surtout lorsqu’ils travaillent au fond du cratère, et évitez de les interrompre dans leur effort.
Enfin, même si la mine est spectaculaire, gardez en tête que c’est un espace de travail : rester à distance raisonnable, ne pas se mettre dans leur trajectoire, ne pas toucher au matériel, sont des formes de respect fondamentales.
-> Depuis Bali, prenez le ferry de Gilimanuk à Ketapang (environ 45 minutes), puis un transport jusqu’à Banyuwangi.
-> Depuis Java, vous pouvez arriver par Surabaya, Malang ou Bondowoso, puis rejoindre Banyuwangi ou directement Paltuding en voiture avec chauffeur ou via un tour organisé.
L’ascension jusqu’au bord du cratère est faisable sans guide pour un randonneur habitué : le chemin est large, fréquenté et bien indiqué.
En revanche, si vous souhaitez descendre dans le cratère (ce que beaucoup de voyageurs évitent désormais), un guide est vivement recommandé à cause du terrain instable et des gaz. Au sommet également, un guide peut vous emmener dans des endroits ou points de vue difficiles d'accès, permettant la prise de photos plus originales.
La saison sèche (avril-octobre) offre les meilleures conditions : ciel dégagé, sentier moins glissant, visibilité optimale au lever du soleil.
Évitez la saison des pluies (novembre-mars) où les conditions peuvent entraîner la fermeture temporaire du site en raison du vent, des pluies et de la dangerosité accrue du sentier.
Le ticket pour les étrangers tourne autour de 100 000 à 150 000 IDR selon le jour (semaine/week‑end).
Les tours depuis Banyuwangi ou Bondowoso incluent généralement transport, guide, entrée et prêt de masque à gaz.
La montée demande un minimum de condition physique mais reste accessible : environ 1h30–2h de marche sur une pente régulière.
La descente dans le cratère est nettement plus exigeante : sentier étroit, rocheux, glissant, avec des vapeurs de soufre irritantes, déconseillée aux personnes souffrant de problèmes respiratoires ou de vertige.
Prévoyez :
-> une lampe frontale puissante si vous faites la randonnée nocturne ;
-> une veste chaude (10–15°C au sommet avant le lever du soleil) et, idéalement, des gants ;
-> des chaussures de randonnée fermées, avec bonne accroche ;
-> de l'eau (au moins 1 litre) et quelques snacks ;
-> un masque (fourni par la plupart des tours) et un foulard pour couvrir nez et bouche en complément lors de la descente dans le cratère.
Oui, et c’est même ce que font la plupart des voyageurs aujourd’hui.
Les meilleurs points de vue sur le lac et l’intérieur du cratère se trouvent directement depuis le bord : vous profitez pleinement du paysage sans vous exposer inutilement aux gaz les plus concentrés.
Oui, avec respect.
Certains mineurs vendent de petites figurines sculptées dans le soufre aux randonneurs : acheter ces souvenirs constitue un complément de revenu bienvenu. Demandez toujours la permission avant de photographier un mineur au travail, et évitez de le traiter comme une attraction.
Le Mont Ijen, étape importante lors d'un voyage sur l'île de Java ou même depuis Bali, est l’un de ces lieux où l’émerveillement et la lucidité se côtoient en permanence : beauté irréelle d’un lac turquoise au cœur d’un volcan, et réalité brute d’hommes qui y usent leur corps pour quelques euros par jour.
Le visiter, c’est accepter cette ambivalence, admirer le paysage tout en gardant en tête ceux qui y travaillent, et choisir, en tant que voyageur, d’aborder ce lieu avec respect, douceur et conscience.

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