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A la découverte de Chongqing, la ville cyberpunk
Mon séjour en Chine m’a amené à Chongqing, une ville encore méconnue et au premier abord sans grand intérêt touristique. La ville n’était pas sur la liste des endroits que je voulais visiter, mais c’était le point de départ le plus simple et économique pour quitter le pays après ma visite de Pékin et Zhangjiajie. Après quelques recherches rapides, je me suis rendue compte que la ville commençait à faire parler d’elle: métropole 5D cyberpunk, constructions verticales sur plusieurs niveaux, train qui traverse des immeubles, etc. Il ne m’en fallait pas plus pour me convaincre d’aller voir ça de mes propres yeux !
Publié le 28 Mai 2026
Entre tradition et modernité
J’arrive en fin de matinée dans une ville enveloppée de brouillard, qui porte bien son surnom de Fog City. Direction Jiefangbei, une rue piétonne au cœur de la ville, où l’on trouve le “People’s Liberation Monument”, construit pour célébrer la victoire de la 2nd Guerre Mondiale, étonnamment petit face au reste de la ville. Même si les grattes ciels se devinent à peine, on se rend facilement compte de l’ampleur de la ville avec ses allées gigantesques, le mobilier urbain démesuré et les rues noires de monde. Ici, les regards sont un peu plus curieux qu’à Pékin. Malgré qu’il s’agisse de la plus grande ville du monde (31 millions d’habitants pour une superficie égale à l’Autriche !), il est encore rare de croiser des touristes étrangers à Chongqing.
Depuis Jiefangbei, je me rend à pied à Hongyadong, probablement l’endroit le plus connu de la ville. Si vous avez déjà entendu parler de Chongqing, c’est très probablement pour ce bâtiment: il s’agit d’un grand complexe commercial et touristique, dans un style chinois traditionnel, construit à flanc de falaise sur plus de 10 étages. C’est l’exemple parfait du mix entre le traditionnel et la modernité qui caractérise cette mégalopole.
S’il n’y a qu’un kilomètre et demi qui me sépare de Hongyadong, le trajet à pied est plutôt long, car la ville est littéralement construite sur des collines et des montagnes. Après plus de 30 minutes de marche, le GPS m’indique que je suis arrivée à destination, mais je ne vois toujours pas cet immense bâtiment qui devrait pourtant être facilement visible. Après quelques minutes, je réalise que je suis en fait au 12e étage, alors que je viens directement de la rue, sans jamais n’avoir monté d’escalier ! C’est seulement après 30 autres minutes à travers les différents magasins que j'atteins le vrai “niveau 0” de Chongqing et que je découvre cet édifice impressionnant ! Ce qui est encore plus impressionnant, c’est le monde à l’intérieur et autour d’Hongyadong, surtout lorsque la nuit tombe et que des milliers de néons illuminent la ville.
Des quartiers plus traditionnels existent encore, à l’image de Ciqikou, à l’ouest de la ville, qui a su conserver l’architecture ancienne du sud-ouest de la Chine. Une balade dans ce quartier nous plonge dans la Chine d’antan, même si de nombreuses infrastructures modernes ont été ajoutées pour attirer les visiteurs.
Dans le même esprit, j’ai préféré découvrir le quartier de Xiahaoli, à l’est du centre ville, qui est également un vieux quartier de la ville, rénové en mélangeant le style traditionnel chinois et l’architecture occidentale. Ce quartier construit à flanc de colline est composé d’environ 80 maisons reliées par des petites rues pentues qui lui confèrent un charme tout particulier. On peut facilement le rejoindre en métro, ou en empruntant le funiculaire pour avoir une vue sur la ville !
Capitale provisoire de la Chine nationaliste
Chongqing n’a pas toujours été cette mégapole verticale. Habitée depuis plus de 3000 ans, la période la plus marquante de l’histoire de la ville se déroule pendant la Seconde Guerre sino-japonaise. Quand les Japonais envahissent la côte est, le gouvernement chinois se replie dans les terres et fait de Chongqing la capitale provisoire de la Chine. La ville est alors la cible de bombardements très intenses. Pour en apprendre davantage sur l’histoire de Chongqing, je me suis rendue au Chongqing 1949 Grand Theatre dans le quartier de Ciqikou. Construit spécifiquement pour ce spectacle, le théâtre dispose d’une scène rotative à 360° avec un décor qui change sous nos yeux: quais de Ciqikou, maisons sur pilotis, prisons, etc. On se retrouve pleinement immergé au cœur de la ville pendant 80 minutes, et on assiste à sa libération en 1949. Bien que le spectacle soit totalement en mandarin, la mise en scène permet de comprendre facilement l’histoire. Plus qu’une simple pièce de théâtre, il s’agit d’une réelle expérience immersive, et définitivement le meilleur spectacle auquel j’ai assisté.
Le hotpot de Chongqing: une institution
Enfin, la visite de Chongqing ne serait pas complète sans goûter au fameux hotpot, le plat emblématique de la région. A peine arrivée, je me rends rapidement compte qu’une odeur étonnante englobe la ville: celle du piment. Il est présent partout, et sous toutes ses formes: magasins spécialisés dans le piment, avec les devantures recouvertes de piment frais, hotpots, glaces au piment, et même mobilier urbain à l’effigie du piment !
Cet amour pour le piment s’explique de plusieurs façons: dans ce climat très humide, le piment est un moyen naturel pour réchauffer le corps en hiver et chasser l’humidité interne. C’est également un signe de convivialité et de générosité, et avant tout une fierté locale. C’est donc tout naturellement que la gastronomie locale repose sur deux sensations clés: le “la” qui est le piment, et le “ma” qui est l’engourdissement du poivre du Sichuan. Le mélange des deux donne le fameux “mala”, signature de Chongqing et du Sichuan.
N’étant pas habituée à manger très épicée, je redoutais un peu le moment où j’allais devoir goûter au hotpot. J’ai naturellement voulu tester le “jiugongge”, le hotpot traditionnel de Chongqing avec ses neufs compartiments. Quand le serveur me l’a apporté, et que j’ai vu le nombre de piments dans chaque compartiment, je me suis ravisée. C’est donc un “yuan-yang pot”, une marmite en deux parties, épicée et non épicée, qui m’a été servi. J’ai laissé carte blanche au serveur, qui m’a sélectionné différentes viandes et légumes pour mon hot-pot. J’ai finalement fait le bon choix en changeant de marmite, car la partie épicée l’était beaucoup trop pour moi !
C’est donc par la mégapole cyberpunk que se termine mon voyage en Chine. Chongqing n’a rien de reposant: l’humidité persistante, le flux constant de monde et le bruit ambiant peuvent surprendre et fatiguer. Ce n’est également pas le meilleur choix pour découvrir la Chine “traditionnelle”, avec ses temples et ses vieilles ruelles, même si certains quartiers historiques comme Ciqikou offrent un aperçu du passé. Pourtant, il s’agit d’une découverte fascinante et dépaysante, où l’on découvre la Chine moderne et futuriste, avec ses ponts vertigineux, ses grattes ciels et son urbanisme spectaculaire qui pourraient presque faire de l’ombre à Shanghai. Chongqing est idéale pour les voyageurs en quête d’une destination moins touristique, prêts à s’immerger dans une ambiance unique et dans une Chine différente.
Publié le 28 Mai 2026




